lundi 23 mars 2020

La Voie Paradoxale épisode 1

Épisode 1


La taverne était bondée. La plupart des consommateurs était des journaliers travaillant aux champs. Varnilde était une petite planète agricole. Les moissons marquaient un moment important de l’année. Aussi leur fin étaient pour les paysans de la planète un bon moment pour faire la fête.
Le jeune Idriss Halleck chantait en s’accompagnant de son luth. Il s’agissait d’une activité risquée. Varnilde était fief de la maison Hagen. Le chef de la maison, Christopher passait pour un des hommes les plus cruels de la galaxie, ou au moins de l’Empire Originel. Cette réputation était amplement justifiée. Christopher Hagen s’avérait un spécialiste tant des tortures physiques que mentales. Il avait tué nombre de ses rivaux de ses propres mains. Il quittait rarement Varnilde, et lorsqu’il se décidait à le faire, il le faisait incognito. La plupart des grandes maisons de l’empire avait en effet lancé un contrat contre la maison Hagen. Christopher avait pris nombre de décrets totalement iniques. L’interdiction de la musique était l’un d’entre eux.
On racontait que des villageois qui avaient enfreint l’un ou l’autre des règlements stupides édictés par Christopher étaient conduit à la capitale planétaire et on ne les revoyait plus. Idriss n’avait beau avoir que seize ans, il avait vu de nombreuses fois les milices de la maison Hagen venir arrêter un ou l’autre des habitants de la petite communauté. La délation était encouragée. Mais bien souvent l’on arrêtait le délateur aussi bien que la victime. On racontait que Christopher avait besoin de plus en plus de victime pour satisfaire ses penchants pervers.
Idriss chassa toutes ses préoccupations de sa tête. Il était là pour distraire les paysans. Et d’ailleurs l’ambiance de la salle était joyeuse. Au premier rang se tenait un vieillard à barbe blanche. L’homme semblait fragile, prêt à casser comme du verre. Mais pourtant Idriss était sûr qu’il avait fait sa part de travail comme tout les autres journaliers. L’alcool circulait entre les tables. Les hommes tapaient des mains pour accompagner la mélodie.
Et soudain la porte s’ouvrit violemment. Un groupe de miliciens venait d’entrer dans l’auberge. Il se dirigeait d’un pas décidé vers Idriss. Le silence venait de tomber et les paysans détournaient le regard du jeune musicien. Idriss se dit qu’il aurait aimé vivre sur un autre monde. Un planète gérée par des maisons comme les Morituri ou les Van Eflin, connues pour leur sens de la justice et leur goût de la liberté. Un seul regard suivait encore le musicien que les gardes entouraient maintenant, celui du vieux journalier.
« Et toi le jeunot, tu sais pas que la pratique de la musique est interdite. Suis nous.»
Le sergent donna un coup de poing violent dans le visage du jeune homme.
« Non arrêtez.
– Fallait y penser plus tôt jeune crétin.»
Deux miliciens le ceinturèrent et le poussèrent hors de l’auberge. Sur la place du village s’était posé un glisseur. C’est vers là qu’ils entraînèrent le jeune homme. Les soldats s’emparèrent des matraques qui pendaient à leur ceinture.
« Avant de te laisser au gros Christopher, on va s’amuser un peu, dit le sergent.
Les hommes commencèrent à frapper. Idriss se tordait sous les coups.
– Vous devriez vous attaquer à un adversaire de votre taille, soldats.
Les miliciens se retournèrent et virent devant eux le vieux journalier à barbe blanche.
– Eh grand père tu ferais mieux de retourner chez toit. Ce n’est plus de ton âge de jouer les héros.
– Je suis juste venu vous dire que vous alliez tous mourir.»
Les soldats se mirent à rire à gorge déployée. Comment avoir peur d’un ridicule petit vieillard. Alors la voix du vieillard s’éleva encore plus pure que le cristal. Il entonna les harmoniques mortelles qui viendraient à bout de ces miliciens prétentieux.
Lorsque la douleur se mit à vriller leur crâne les miliciens commencèrent à s’arrêter de rire.
« C’est un enfoiré de Murano.»
Le sergent n’eut pas l’occasion d’en dire plus avant que sa cervelle n’implose à l’intérieur de la boite crânienne.
Des cinq miliciens il ne restait que des corps sans vie. Idriss contempla l’étrange vieillard.
« Tu pouvais tuer ses hommes de deux manières, avec ta voix et avec ton instrument. Je peux faire de toi l’un d’entre nous. Bienvenue dans l’école Murano.»
L’école Murano était l’une des quatre écoles d’assassins patentées de la galaxie. L’école Murano était l’école des musiciens. Mais il y avait aussi les bouffons de Ko, les courtisanes de Kiosha et les bretteurs de Quallar.
Idriss réfléchit peu. Il avait une chance de quitter Varnilde et surtout d’apprendre à se venger de Hagen le porc.

Par la grande baie vitrée du palais, Eléonore regardait la ville. Le ballet lumineux des véhicules volants et des véhicules de surface illuminait la nuit. On eût presque dit d’industrieuses lucioles.
Eléonore était heureuse depuis qu’elle travaillait sur Alma Mater. Alma Mater, planète ville de plusieurs milliards d’habitants, capitale de l’Empire Originel. La jeune femme occupait le poste de garde du corps de la princesse Isabeau, fille de l’impératrice Cornélia. Depuis qu’elle avait quitté Opaline c’était sans doute ce qu’elle avait connu de mieux. Comme de toutes les jeunes femmes de son âge issue de la planète matriarcale, elle effectuait un service mercenaire obligatoire de cinq ans. Elle avait été tour à tour mercenaire, garde du corps, chasseuse de prime. Comme beaucoup de ses compatriotes, elle savait déjà qu’elle ne retournerait pas sur Opaline. On disait que seule deux Opaliniennes sur dix retournaient au bercail. Et ce n’était pas exagéré. Les jeunes guerrières découvraient des sentiments nouveaux : l’amour, l’amitié, l’attrait de l’inconnu. Eléonore voyait de jour en jour se développer une réelle complicité avec la jeune princesse qu’elle était censée protéger. Et peu à peu la complicité devenait amitié. Isabeau était la seule véritable amie qu’elle n’ai jamais eu.
La jeune Opalinienne en était là de ces réflexions quand un pas souple se fit entendre derrière elle. Elle savait à qui appartenait ce pas léger. Graon le Griss, était son équipier pour la veille de cette nuit. Comme tout ceux de sa race Graon ressemblait à un grand félin humanoïde à la peau marbrée.
« Le mal du pays ? dit le non humain à la jeune femme.
— Non, je réfléchissais. Il faudrait être fou pour avoir la nostalgie d’Opaline. Des landes, des tourbières et des toundras à perte de vue. C’est sans doute une des planètes les plus déprimantes de cette galaxie.
Soudain le Griss se tendit. Il huma l’air.
— Des odeurs étrangères. Une odeur dominante et une multitude de fragrances mineures. Nous avons une intrusion.»
Le Griss avait déjà dégainé son épée. Eléonore le soupçonnait d’être membre de l’école Quallar. Les bretteurs étaient en effet la seule école d’assassin à admettre les non humains dans leur rang. La jeune femme avait eu déjà l’occasion de voir l’être félin s’entraîner à l’escrime. Il était tout bonnement impressionnant.
« D’où est - ce que cela vient ?
– L’étage en dessous, répondit Graon.
– Alors on y va, dit Eléonore.»
La jeune femme tenait d’une main une rapière et de l’autre un pistolaser. Elle s’élança dans l’escalier suivi par le Griss.
Prudemment le duo s’engagea dans le couloir. Ils finirent par apercevoir une silhouette sombre qui se mouvait silencieusement. Il s’agissait d’une femme à n’en pas douter. Graon fonça sur la nouvelle venue, tandis que l’Opalinienne lui décochait une salve de laser. L’inconnue encaissa les décharge sans broncher. Elle passa sa main dans ses cheveux et jeta quelque chose en direction de l’homme félin.
« Attention Graon, cria Eléonore tout en envoyant une nouvelle rafale à l’agresseur mystérieux.
Graon bondit de coté pour éviter le projectile. Mais contre tout attente le projectile s’arrêta dans sa course et changea de direction pour atteindre Graon. Eléonore tira en direction du projectile qui tomba sur le sol aux pieds du Griss. Il s’agissait d’un insecte longiligne doté de mandibules proéminentes.
L’intruse était entièrement vêtue de noir, une cagoule rabattue sur son visage. Le bracelet qu’elle avait au poignet quitta mystérieusement son emplacement pour voleter à quelques mètres du sol. Il s’agissait d’un petit serpent possédant deux petites ailes atrophiées. La petite créature cracha un jet de flamme en direction de l’homme félin. Celui ci dévia le jet d’un brusque mouvement de l’épée. Une mante scorpion volait à présent près de l’étrange jeune femme. Eléonore visa l’insecte qui tomba sur le sol. Graon lança sa dague vers l’intruse. Il la toucha en plein abdomen. Mais elle ne sembla pas souffrir du tout et se permit même d’arracher le projectile en gratifiant ses deux adversaires d’un grand sourire.
« C’est une guerrière écologique, dit Graon.
– Je croyais que les guerriers écologiques avaient disparu.»
Le Griss fit un geste vers la fenêtre située au fond du couloir avec un clin d’oeil en direction d’Eléonore. L’Opalinienne comprit tout de suite l’intention du félin. Il voulait acculer leur adversaire contre la fenêtre et provoquer un mouvement malheureux de sa part. Ainsi déséquilibrée l’inconnue ferait une chute mortelle.
On ne pouvait en effet guère arriver d’une autre manière à bout d’un guerrier écologique. Ceux ci était équipé de symbiotes auto-guérisseurs qui soignaient la moindre blessure.
Eléonore déclencha le lance fléchettes dissimulé dans sa manche. La guerrière écologique bondit en arrière pour éviter la grêle de projectiles qui s’abattait sur elle. Graon lui se rapprochait par bonds. Eléonore avançait elle aussi vers la jeune femme. Encore une fois celle ci mit sa main dans ses cheveux Et lança à nouveau comme lors de sa première attaque un phasme venimeux. Eléonore abattit l’insecte d’un coup de laser. La guerrière écologique était maintenant à quelques pas de la fenêtre. Graon fit un clin d’oeil à Eléonore. Les deux gardes du corps chargèrent en direction de l’inconnue, l’épée en avant. L’intruse recula. Et bascula en arrière brisant la baie vitrée. Ils entendirent un sifflement. Ils se penchèrent par la fenêtre fracassée. Et virent la guerrière écologique réceptionnée par une énorme créature volante ressemblant à une immense raie manta.
« Ainsi les guerriers écologiques n’ont pas disparu, dit Eléonore.
– Ils ont dû trouver refuge quelque part dans les Amas Francs.»
Les guerriers écologiques avait été exterminés quelques siècles auparavant par les forces impériales à la suite d’une expédition punitive. Eléonore rassembla le peu qu’elle savait dans sa mémoire. Les guerriers écologiques étaient une organisation de tueurs à gage. Ils avaient à ce que l’on racontait une éthique qui les empêchait d’accepter n’importe quel contrat. Mais ils devaient avoir bien changé. Leur principal atout était d’utiliser des armes vivantes : plantes et animaux.
Qui pouvait bien utiliser leurs services et surtout pourquoi ne pas faire appel à l’une des quatre écoles d’assassins patentées ? Il aurait été si facile d'infiltrer une courtisane Kiosha dans l’entourage de la jeune princesse.
« Allons voir comment va la princesse, proposa Eléonore.
– Et surtout, il faudra savoir quelle mesure prendre pour sa sécurité.»
Les deux gardes du corps s’éloignèrent dans le couloir.

Theudas Gris avançait sur la plate forme en direction de son adversaire. Il s’efforçait de pas penser à la mer de lave qui s’étendait quelques mètres plus bas.
Theudas exerçait la profession de gladiateur judiciaire. Les duels judiciaires avaient permis de faire cesser les conflits armés entre grandes Maisons qui ensanglantaient l’Empire Originel. D’autres nations comme la confédération des Cités Planètes avaient également adopté ce mode de règlements des conflits. L’offensé décidait des conditions du duel.
Et il fallait être tordu pour organiser un combat à quelques mètres au dessus de la grande mer de lave d’Epsilon. Mais Theudas devait affronter le champion de la Maison Hagen. Il jaugea son adversaire. Ce dernier était jeune et avait un regard inflexible. Sa fébrilité trahissait un consommation forte de drogues de combat. Theudas, lui avait toujours refusé d’en consommer. Certes les drogues de combat permettaient d’accroître les capacités physiques du gladiateur, mais affaiblissaient d’autant les performances mentales. Theudas lança un premier assaut contre son adversaire. Les épées s’entrechoquèrent. Le jeune gladiateur anonyme avait réagi vite, lançant sa parade en même temps que l’assaut de Theudas. Celui - ci n’avait pas l’intention d’entacher son palmarès d’une défaite. Il était invaincu et ce depuis son premier combat. Ce qui lui valait d’avoir la confiance de moult grandes Maisons. De plus sa côte était forte auprès des bookmakers et des milliers d’yeux anonymes suivaient sa prestation sur écrans tri D.
Theudas décida de d’exécuter une feinte. Le jeune homme para à nouveau, mais Theudas avait lu l’hésitation de son adversaire dans son regard. Les drogues permettaient à son vis - à - vis d’être plus rapide et Theudas savait qu’il fallait transformer l’avantage de son adversaire en handicap. Au dessus d’eux le glisseur attendait que l’un des deux hommes cède et s’écroule sur le sol de la plate forme antigrav. De temps en temps des flammes venaient lécher la base de la plate forme. La chaleur était infernale. Et Theudas en souffrait autant que son adversaire.
Theudas lança une nouvelle feinte plus complexe. Le champion des Hagen lança maladroitement son épée puis bloqua l’attaque du gladiateur expérimenté d’une passe maladroite. A nouveau Theudas feinta. L’adversaire fut encore plus hésitant. Son esprit embrumé par les drogues ne lui permettait pas prendre une décision rapide. Il frappa et n’arriva pas à bloquer l’épée de Theudas. Ce dernier put atteindre le jeune gladiateur en un second mouvement. La blessure au torse avait pris le jeune homme complètement au dépourvu.
Il répugnait à Theudas de continuer le combat. Mais il s’agissait d’un combat à mort. Ceux - ci étaient rares. Mais il était bien dans les manières de Hagen le porc de se délecter d’un massacre. Dommage se dit Theudas, avec un peu d’expérience le jeune homme aurait fait un bon gladiateur. Mais il chassa ses états d’âme de son esprit et frappa derechef, blessant à nouveau le jeune homme qui s’effondra sur le sol. Le sang coulait à gros bouillons de la fêlure pratiquée dans son armure. Il ne lui restait que quelques secondes à vivre.
« Combat terminé, annonça Theudas avec son communicateur. Vous pouvez venir me chercher. »
C’est avec soulagement qu’il vit le glisseur piquer vers la plate forme. Il lui hâtait de quitter les lieux. La chaleur de fournaise qui régnait ici, l’avait fatigué. il grimpa dans le véhicule. Le poste de pilotage était occupé par deux hommes portant robe et capuche. L’un d’entre eux se tourna vers Theudas dévoilant un visage légèrement verdâtre. Ces êtres, Theudas ne les connaissait que trop bien. C’était pour les fuir qu’il était devenu gladiateur. Le premier des deux êtres braqua vers lui un laser. Theudas lui envoya un coup d’épée instinctif lui tranchant net le bras. D’un deuxième coup d’épée il acheva son adversaire d’un coup au cœur. Le pilote se retourna mais Theudas arriva à le faucher, le tuant net d’une ample passe de son arme. Il éjecta les deux cadavres dans la mer de lave et prit les commandes du glisseur.
Theudas se souvint des événements qui quelques années plus tôt l’avait conduit à devenir gladiateur. Il avait dû essuyer à plusieurs reprises l’attaque de ces êtres à la peau verdâtre. A l’époque où les tentatives d’assassinat avaient commencé, Theudas était fils cadet d’une Maison mineure. Il était promis à une grande carrière dans l’administration impériale. Et il avait dû y renoncer. Bon escrimeur, il était devenu gladiateur pour se cacher espérant que ses mystérieux ennemis perdraient sa trace. Mais il n’en était rien. aujourd’hui, ils l’avaient retrouvé et il lui faudrait sans doute renoncer à sa carrière de gladiateur.
Quelques heures plus tard, il était à son hôtel. Il avait rejoint son entraîneur, Hugo Van Dorn. L’homme avait la cinquantaine et était ancien gladiateur lui même. Pour lui, Theudas était de loin le meilleur gladiateur qu’il avait entraîné.
« Hugo, je vais arrêter ma carrière.
– Tu es au sommet de ta gloire. Tu as encore quelques belles années devant toi.
– Ils m’ont retrouvé. J’ai réussi à éliminer les deux tueurs qu’ils m’ont envoyé.
Hugo était une des rares personnes que Theudas avait mis dans la confidence.
– Qu’est ce que tu vas faire maintenant ?
– Aller dans l’Empire du Milieu. Là bas il n’ont ni ordinateur, ni intelligence artificielle. Ce sera plus dur pour eux de me retrouver. Mais avant cela, je vais rendre visite à un vieil ami sur Shitani.
– Bon vent l’ami. Tu sais pas tout le fric que tu as pu me rapporter. Je vais devoir me trouver quelqu’un d’autre. J’espère qu’il sera aussi doué que toi.»

L’entrepôt était semblable à tant d’autres dans les bas fonds d’Alma Mater. Elle était arrivé en avance à son rendez-vous. Après l’échec de sa mission, elle se serait bien passé d’une entrevue avec le commanditaire de l’ordre.
Les Anciens le lui avaient ordonné et elle devait se soumettre. On lui avait demandé d’assassiner une femme au palais impérial sans prendre le soin de préciser son identité. Elle n’était qu’un exécutant au sein de l’ordre des guerriers écologiques. Elle n’avait pas à savoir.
Enfin un glisseur arriva et deux hommes en sortirent. Le premier était un homme obèse, chauve dont le physique entraînait inexorablement un sentiment de répulsion. Le second était un jeune homme d’une vingtaine d’années dont le visage n’était qu’un masque de cruauté. Elle reconnut ces deux hommes même si elle ne les avait avait jamais rencontré : Christopher Hagen et son fils cadet Stephen.
Aussitôt après la sortie des deux hommes deux gardes en armure se positionnèrent derrière eux. Enfin le dernier passager du glisseur sortit : un homme vêtu d’une ample robe et dont le visage était dissimulé par une capuche. Il resta en retrait près du véhicule.
Christopher s’approcha de la jeune femme.
« Ainsi vous avez échoué.
– Il y avait une amazone d’Opaline et un bretteur du Quallar. Je n’avais pas prévu de quoi neutraliser de tels adversaires.
– Peu importe vos excuses. Je n’ai pas payé votre ordre pour vous voir échouer. Rassurez vous, vous n’en aurez plus l’occasion. Votre ordre sera content de s’être séparé d’une branche pourrie.»
La jeune femme comprit le sort funeste que lui réservait Christopher Hagen. Celui leva la main avant même d’avoir prononcé ces derniers mots. Les deux gardes tirèrent avec leurs armes des projectiles à haute vélocité.
Hagen se détourna de la jeune femme qui venait de s’écrouler sur le sol de l’entrepôt.
« Pourquoi avez vous confié l’assassinat de la princesse Isabeau aux guerriers écologiques ? Il aurait été nettement plus simple d’introduire une courtisane Kiosha ou un Bouffon Ko dans l’entourage de la princesse.
– Mais, il ne t’es pas venu à l’esprit que je désirais cet échec. Le recours à des assassins patentés présentait un gros inconvénient. Le palais aurait organisé une enquête et on serait sans doute remonté jusqu’à moi. Tout ce que je veux c’est pousser la princesse hors du palais. Après la tentative, ils vont la mettre en sécurité ailleurs sur une autre planète. Et c’est dans l’espace que nous interviendrons. La princesse aura été victime de pirates. C’est un plan infaillible.»
Les deux hommes rejoignirent le glisseur. Ils auraient été fort surpris de voir la jeune femme se relever quelques minutes après leur départ. On ne se méfiait jamais suffisamment des symbiotes auto-guérisseurs.


La jeune femme avait été trahie. Elle comptait avoir des explications sur tout ceci. Et pour ce faire, elle devrait rentrer dans la clandestinité. Cela ne lui serait guère difficile puisqu’officiellement, elle était morte. 

jeudi 1 septembre 2016

Des chiens et des loups de Philippe Deniel

Des Chiens et des Loups





Je ne me lassais pas de regarder le jardin. Ceux qui l’avaient conçu n’avaient eu aucune considération esthétique, ils s’étaient juste efforcés de regrouper ici autant d’espèces terriennes que possible. Le résultat était curieusement plaisant et baroque, un mélange hétéroclite où les orchidées les plus délicates s’accrochaient aux branches d’un simple pommier, où les roses et les plants de persil partageaient la même terre. Contrairement aux animaux, les végétaux ne supportaient pas l’hibernation, et s'il est possible de décongeler un humain ou un chien et faire redémarrer son cœur, l’efficacité d’un défibrillateur cardiaque est réduite face à une laitue. Bien sûr, des graines étaient précieusement conservées dans d’immenses silos frigorifiques, mais leur faculté à s’adapter à un sol terraformé était des plus aléatoires. Grâce à cet endroit, les colons disposeront de plantations déjà matures au sortir de leur sommeil cryogénique. Ils démembreraient cet improbable Éden pour construire leur habitat, d’ici là, le jardin serait entretenu par les immortels qui constituaient l’équipage. Les imaginer en train de se livrer à des activités agricoles avait quelque chose d’amusant et je me surpris à sourire.
Mon esprit synthétique d’IA ne s’attarda pas sur cette idée, on m’avait extrait des mémoires de silicium du Vlad Tepes, et l’on m’avait donné un corps physique. Il était composé de métaux nématiques et carbone intelligent, fédéré par un réseau dense de nanomachines, mais il me permettait d’interagir avec mon environnement. J’avais même appris à mes dépens qu’il pouvait se cogner dans les portes et se faire mal, une vraie merveille technologique.
Les détecteurs de présence du sas m’avertirent que quelqu’un entrait. La nouvelle venue s'appelait Irina, comme tous les membres de son espèce, elle se déplaçait sans presque faire de bruit et avec des mouvements qui évoquaient un félin. Elle était mince, avec une silhouette plutôt agréable à regarder et de longs cheveux blonds qui lui tombaient sur ses épaules. Pourtant, aucun humain sain d’esprit n’aurait été tenté de lui faire des avances. Sa peau trop blanche, ses lèvres trop rouges et les dents anormalement développées qu’elles dissimulaient à peine : autant de détails qui la désignaient comme une immortelle.
― Professeur Van Helsing. J’étais certaine que vous seriez ici.
― De grâce Ma Chère, me m’appelez pas par ce nom ou je vais me sentir obligé de vous planter un pieu de bois en plein cœur. Je ne suis qu’une intelligence synthétique que son concepteur a choisi de nommer ainsi et je suis sûr que cela devait beaucoup l’amuser. Mon prénom, Abraham, sera plus adapté.
― Comme vous voudrez, Abraham, dit-elle en esquissant un mince sourire un brin carnassier.
Je lui répondis avec une brève révérence un brin guindé. Quand je donnais des cours d’anatomie à l’Université d’Amsterdam, cela faisait toujours beaucoup d’effet à mes étudiants, du moins selon les souvenirs implantés dans ma psyché artificielle. Irina ne broncha pas, tout juste haussa-t-elle un sourcil vaguement étonné.
― Ma jeune amie, je dois vous poser une question. M’incarner dans un corps biomécanique ne devait se faire qu’une fois les colons réveillés. Je n’ai pas vocation à être ici. Pourquoi avez-vous besoin de moi ?
― Il s’est produit une série d’événements très graves à bord du navire. Klaus a demandé un Conseiller, vous avez été choisi.
― Mais encore ?
― Je n’ai pas été autorisée à vous en dire plus. Je suis désolée.
Aussi curieux que cela puisse paraître, elle avait l’air réellement embarrassée. Cela lui donna une allure étrangement humaine, à des lieues du prédateur implacable qu’elle était.
― Votre Conditionnement vous retient ?.
― Oui. Je vais vous conduire auprès du Maître. Lui pourra vous fournir les réponses que vous souhaitez.
Klaus était le capitaine de ce bâtiment, une créature ancienne et très puissante qui faisait office d’âme pour le vaisseau. Rares étaient les personnes à l’approcher, même parmi les immortels. J’acquiesçai donc d’un bref hochement de tête avant de la suivre dans les coursives.
Le Vlad Tepes était réellement immense, des kilomètres de couloirs froids et silencieux répartis sur une centaine de ponts. Il était construit sur un schéma assez simple. Au cœur se trouvaient les soutes avec ses dizaines de milliers de cercueils cryogéniques et les containers renfermant le matériel qui serait nécessaire pour fonder la colonie. Les quartiers de l’équipage étaient tout autour : les réfectoires où ils se nourrissaient de sang cloné, les dortoirs avec leurs couchettes évoquant de glaciales tables d’autopsie et où ils s’allongeaient pour se reposer, aussi immobiles que des cadavres. Le module de propulsion était une colossale sphère lisse et noire comme de l’obsidienne, à l’arrière du vaisseau. Issu de la même science que celle qui m’avait donné le jour, son fonctionnement s’appuyait sur des principes physiques dont j’ignorais tout. Irina nous conduisait à l’exact opposé. Techniquement parlant, c’était le poste de pilotage, mais les architectes humains du navire-colonie l’avaient ironiquement baptisé « la crypte ». Bien que mes banques mémorielles contiennent un descriptif exhaustif du bâtiment, je ne pus m’empêcher d’être surpris en y entrant. Si mon corps avait respiré, j’aurais probablement retenu mon souffle tant la pièce était impressionnante : le sol, le plafond et les murs formaient un immense écran vidéo au centre duquel nous nous tenions. L’image du cosmos entourant le vaisseau s’y affichait, et nous avions le sentiment de nous trouver dans le vide, comme d’improbables dieux observant l’univers. Sur ma gauche, une sphère jaune vif se détachait clairement sur la noirceur de l’espace.
― C’est une étoile, fit une voix de basse derrière moi. Les cartographes stellaires lui ont donné le nom de Delta Draconis. Nous avons ralenti pour orbiter autour d’elle depuis une petite semaine standard. C’est à ce moment-là que j’ai ordonné à Vlad de vous convoquer Professeur.
― Klaus Bathory, je présume. En temps normal, nous n’aurions jamais dû nous rencontrer mais je suis ravi que les circonstances, si tragiques soient-elles, nous permettent de faire connaissance.
― Assez ! tonna-t-il. Je sais que vous êtes programmés pour vous comporter comme un personnage de roman victorien. Cela rassure ces stupides humains quand ils discutent avec les serviteurs numériques qu’ils ont eux-mêmes créés, mais c’est inutile avec moi. Épargnez-moi ces balivernes et votre politesse obséquieuse.
Klaus était réellement impressionnant. Son corps était svelte, mais l’on devinait des muscles souples et robustes sous ses habits sombres, des yeux fous injectés de sang brûlaient de cruauté et de fureur au sein d’un visage sec et émacié. Contrairement aux autres immortels dont l’attitude était perpétuellement imprégnée de retenue, son comportement était celui d’un monstre brutal et violent. Lorsque les descendants des broucolaques avaient accidentellement révélé leur existence à l’humanité, les scientifiques avaient vu en eux un sujet d’étude comme ils en avaient rarement rencontré. Rien ne résista à leur rigueur analytique : les biologistes décortiquèrent leur physiologie qui ne vieillissait pas, et ils réussirent à produire une hémoglobine de synthèse qui suffisait à les sustenter, les experts en physique quantique purent expliquer ces pouvoirs qui semblaient magiques à leurs ancêtres. Mais plus que tout, les chercheurs parvinrent à asservir ces créatures terrifiantes car ils avaient trouvé les bergers idéaux pour veiller sur le sommeil éternel de leurs navires-colonies. Des décennies de drogues ingérées de force et de conditionnements psychologiques avaient fait d’eux des êtres dociles qui ne demandaient qu’à les servir.
Klaus était si vieux qu’il affirmait avoir assisté à la construction des grandes pyramides. Il disposait de dons de divination qui lui permettaient de percevoir l’avenir sur quelques heures : un talent vital pour la navigation dans le cosmos, car il percevait à l’avance la présence d’obstacles mortels que les senseurs du vaisseau n’auraient jamais détectés. Le pilote du Vlad Tepes n’avait pas été dompté, de peur de gâcher cette qualité indispensable, restant la bête sanguinaire qu’il était. Les humains avaient toutefois pris leurs précautions : il était assis dans un massif fauteuil constitué d’une matière rouge et organique qui respirait faiblement par de petites ouïes qui s’ouvraient rythmiquement. Ses jambes, ses bras et son dos avaient fusionné avec ce siège vivant, lequel faisait à présent partie intégrante de l’organisme de son propriétaire et l’immobilisait à jamais. Klaus vivait dans la crypte et il y demeurerait pour toujours, prisonnier de ce trône de sang.
― Qu’elle parte ! rugit-il en fusillant Irina du regard. Elle ne mérite pas de se trouver dans la même pièce que moi.
Irina ne répondit pas, elle baissa les yeux et marcha silencieusement vers la sortie. Quand elle fut dehors, Klaus se tourna vers moi.
― Professeur, je sais que vous n’êtes pas une personne réelle, mais vous possédez quelque chose que les membres de l’équipage n’ont plus, vous êtes en mesure de raisonner comme un humain. Votre libre arbitre ne vous a pas été arraché et j’ai besoin de cela.
― Allez-vous me dire pourquoi ?
― C’est très simple. Quelqu’un tue les passagers.
Il fit un geste de la main et un cadre se dessina instantanément devant nous. Des images d’une rare violence s’y affichèrent alors. La première montrait l’un des sarcophages cryo. Son couvercle avait été enlevé et jeté à plusieurs mètres. L’occupant du caisson avait été littéralement massacré, l’un de ses bras avait été presque arraché et sa gorge avait été déchiquetée.
― C’était la première victime. Ils ont fait preuve d’une terrible sauvagerie. Ensuite ils se sont calmés, mais ils sont aussi devenus plus méthodiques.
― Ils ?
― Chaque chose en son temps. Il y a eu d’autres meurtres.
Le second cadavre gisait encore dans sa couche d’hibernation. Il ne présentait pas autant de traces de sévices que la précédente, mais avait été vidé de son sang. Les photos suivantes montraient le même genre de spectacle, des dépouilles exsangues dans les containers supposés les maintenir en vie.
― C’est impossible... dis-je. Les immortels ne peuvent pas se nourrir des vivants, le Conditionnement les en empêche.
― Vos scientifiques ont mal fait leur travail ! rugit-il. Nous pensons qu’il s’agit de deux matelots chargés de l’entretien, Octavian et Mitica. Ils ont disparu juste avant le premier massacre et ils ne se sont plus jamais présentés pour faire leurs rapports.
― Ils ne se sont pas arrêtés là, n’est-ce pas ?
― Non. Le corps du dernier meurtre n’a pas été retrouvé. Vous devinez ce que cela signifie.
― Je le crois, oui... Ils ont maintenant un disciple.
― Exactement
Je restai silencieux quelques instants. Je comprenais à présent les raisons de ma présence ici.
― Pourquoi voulez-vous que j’enquête pour votre compte ? Vous disposez d’un service de sécurité entraîné.
― Ils ont lamentablement échoué. Le Conditionnement destiné à protéger les passagers humains de nos instincts de prédateur n’est que trop efficace. Plusieurs des membres de l’équipage sont mes enfants, je leur ai offert leurs secondes naissances il y a des siècles de cela. Ils étaient alors puissants et redoutables, maintenant, ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, ils seraient incapables d’attraper une souris s’il y en avait une à bord. Le Van Helsing qui a inspiré votre persona artificielle n’était pas seulement un érudit, c’était aussi un chasseur supposé assez doué pour vaincre le plus terrible d’entre nous. Voilà pourquoi j’ai besoin de vous.
Je n’ai pas répondu tout de suite. J’aimais l’idée de Klaus. J’avais chassé et j’avais adoré cela. Je me souvenais de ces journées de traque en compagnie des Harkers et du Docteur Seward, épaulé par Lord Godalming et Morris, notre ami américain. Je revoyais chaque instant passé à poursuivre le Comte pour finalement l’acculer dans son repaire transylvanien et l’anéantir à jamais. Comme je m’étais alors senti vivant ! C’est sans hésitation que j’acceptais la proposition de Klaus.

Je retrouvai Irina hors de la crypte, elle était avec un autre immortel, un homme grand et bien bâti, avec des cheveux noirs retenus par en catogan. Il se nommait Ivan et il était prévôt, une sorte de shérif aux dents longues en quelque sorte. Je leur ordonnai de me conduire dans les quartiers des deux tueurs présumés. La cellule spartiate où Mitica se reposait ne nous apprit rien, mais un événement imprévu se produisit lorsque je tentais de rentrer dans celle d’Octavian. J’étais incapable d’en franchir le seuil, comme si une barrière invisible se dressait devant moi.
― Que vous arrive-t-il ? me demanda Ivan.
― Je ne peux pas... Les éléments qui constituent mon enveloppe matérielle refusent de faire un pas de plus. C’est fascinant.
― Que voulez-vous dire ?
― Je crois que cela fonctionne comme ce tabou qui vous interdit de pénétrer dans des lieux où vous n’avez pas été invités. Je ne suis pas autorisé à venir ici.
― C’est ridicule ! Vous agissez pour le compte de Klaus et il est le seul maître à bord.
― Je crains que non. Vous oubliez quelqu’un : Vlad. C’est lui qui a composé le corps synthétique dans lequel j’ai été téléchargé.
― Je n’aime pas cette idée, fit Irina.
― Moi non plus. Vous allez devoir fouiller cette pièce pour moi. Je pourrai vous donner des consignes si vous maintenez cette porte ouverte.
Dans les minutes qui suivirent, je compris à quel point Klaus avait raison. Le Conditionnement avait eu des conséquences désastreuses sur les facultés de mes compagnons. Irina était une infirmière, et il était impossible de faire autre chose que de manier des seringues et veiller sur la machine qui produisait le sang cloné dont elle et les siens se nourrissaient. Quant à Ivan, son travail se limitait essentiellement à incarner une forme d’autorité en bombant le torse et en haussant le ton. Je dus les guider comme des enfants, leur disant où chercher, quel endroit examiner. Les trois heures de fouille furent laborieuses, mais pas inutiles. Il y avait une sorte de trappe dans l’un des murs. Le panneau amovible dissimulait une cache de la taille d’une boîte à chaussure. Bien évidemment, elle était vide.
Nous quittâmes les quartiers d’habitation pour nous diriger là où Mitica et Octavian travaillaient. La tâche à laquelle ils avaient été affectés était des plus banales. Le navire comportaient une foule de composants mécaniques : ascenseurs, tapis roulants, moteurs, autant d’éléments sujets à une usure inévitable sur un voyage prévu pour durer plusieurs siècles. Nos deux suspects officiaient dans l’atelier dédié à ces dépannages. Il se situait une trentaine d’étages plus bas, on y accédait via un monte-charge de service. Les couloirs de maintenance sur lesquels nous débouchâmes étaient sales et mal éclairés, tout le contraire des coursives des niveaux supérieurs que j’avais fréquentés jusqu’alors. Le chemin était long pour atteindre le local, nous allions devoir marcher presque huit cents mètres sous la lumière blafarde. Ivan se plaça devant, probablement une façon pour lui d’asseoir son rôle de mâle dominant face à Irina. À mi-chemin, le prévôt s’arrêta quelques instants, visiblement inquiet. Je savais ce qu’il ressentait, car je le vivais moi aussi. Quelque chose nous suivait depuis que nous étions arrivés. Comme tous les immortels, les sens d’Ivan et d’Irina étaient largement plus développés que ceux des humains qu’ils avaient autrefois été. Je les vis scruter la pénombre et renifler l’air autour de nous. Ils ne tarderaient pas à identifier notre poursuivant. Ce dernier le comprit également et il joua son va-tout en jaillissant hors de sa cachette pour se jeter sur nous. Grand et longiligne, son crâne était rasé bien qu’il s’agisse sans l’ombre d’un doute d’une femme. Dans un geste de défi, elle se plaça devant nous feulant comme un monstrueux chat et exhibant ses crocs hypertrophiés. Elle battit le vide de ses mains aux griffes acérées, adoptant une menaçante posture de combat. Par bien des aspects, elle me faisait penser à Klaus, car elle avait été épargnée par le Conditionnement, et elle était un prédateur parfait, féroce et implacable. Elle m’ignora, mais attaqua Irina. Le visage de celle-ci changea brusquement. Le traitement qu’elle avait reçu était destiné à la rendre inoffensive pour les êtres humains, mais il n’avait pas de valeur vis-à-vis d’une créature semblable à elle-même. La colère et la fureur l’emplirent en un instant et elle para l’attaque avant de riposter avec violence. Ivan s’était également métamorphosé et il ne tarda pas à entrer dans la mêlée. L’affrontement fut de courte durée. Notre adversaire était novice, elle ne faisait pas le poids face aux combattants qu’étaient devenus mes compagnons. Irina finit par réussir à la maintenir à terre tandis qu’Ivan s’acharnait avec ses dents et ses mains sur son cou. Il décapita son ennemie dans une gerbe de sang noirâtre et grumeleux. Elle s’immobilisa immédiatement, terrassée. Je m’approchai de la tête jetée au sol pour en détailler le visage. Je ne fus pas étonné par ce que je découvris.
― Nous avons visiblement retrouvé la victime du dernier meurtre. Klaus avait raison, ils l’avaient transformée. Par contre, il va être difficile de la faire parler maintenant.
― C’est pour cela qu’elle a été si facile à vaincre, remarqua Ivan, elle était inexpérimentée et trop sûre d’elle. Ceux qui viennent de vivre la seconde naissance sont toujours ainsi, ils se croient invincibles.
― Pensez-vous pouvoir localiser ses traces et trouver leur origine ?
― Sans aucune difficulté. Suivez-moi.
On a longtemps présumé que les immortels étaient capables de voir dans le noir. Ce n’est que partiellement exact. Leur nez en revanche est tout simplement exceptionnel, encore meilleur que celui d’un chien. Un véritable sens de prédateur qui leur permettait de retrouver leurs victimes dans les milieux urbains où ils avaient l’habitude de chasser. Ivan nous mena facilement là où la femme transformée avait pris ses quartiers. On y accédait en passant par les conduits d’aération et il était nécessaire d’enlever plusieurs panneaux amovibles pour l’atteindre. L’endroit était à peine plus grand que les cellules dans lesquelles les matelots du Vlad habitaient, mais il était d’une saleté repoussante. Un cadavre gisait dans un coin de la pièce, je remarquai qu’il était exsangue, mais surtout qu’il s’agissait d’un immortel. Je me trouvais selon toute vraisemblance devant la dépouille de Mitica, l’un des deux techniciens disparus. Une fouille complète nous permit de découvrir un étrange objet. Cela ressemblait à des lunettes de soleil à ceci près que les verres avaient été remplacés par des caches entièrement opaques et leurs faces extérieures étaient tapissées de minuscules diodes lumineuses. Elles étaient très endommagées, inutilisables et probablement irréparables.
― Regardez cela, Abraham. Qu’est-ce que c’est ? demanda Irina.
― Dans leur jargon, les psychiatres terriens surnomment cela un lave-cervelle. Les flashs émis par le système binoculaire envoient des images subliminales en rafale. On altère ainsi les personnalités des pires criminels, afin de les rendre inoffensifs.
― Mais alors, pourquoi une telle chose est-elle ici ?

Je rejoignis rapidement Klaus. La vieille créature parut heureuse de me voir.
― Docteur Van Helsing ! Je savais que j’avais eu raison de vous convoquer. Vous avez été plus efficace en seulement quelques heures que toute cette bande de crétins ne l’a été en plusieurs semaines.
― Je crains de devoir tempérer votre enthousiasme. J’ai de désagréables nouvelles à vous annoncer.
― Poursuivez.
― Nous avons trouvé un appareil, un lave-cervelle, il permet de...
― Vos explications sont inutiles. Je sais de quoi ce genre d'engin est capable, j'ai pu voir ses effets sur les miens.
― Dans le cas présent, je crois qu’il a été utilisé d’une tout autre manière. Octavian s’en est servi pour supprimer son Conditionnement. Il était dissimulé dans ses quartiers, depuis le départ de la Terre. Nous avons retrouvé une cachette qui correspondrait. Il a ensuite commencé à tuer des passagers en sommeil cryogénique.
― Et qu’en est-il de son complice, Mitica ?
― Je n’en suis pas sûr, mais il n’a peut-être été qu’une victime. Je pense que le traitement hypnotique n’a pas eu d’effets durables sur lui et qu’il n’est jamais redevenu le monstre qu’il était, si vous me permettez d’user de ce terme envers ceux de votre espèce.
― Ne prenez pas de gants avec moi, Abraham. J’ai parfaitement conscience de ce que je suis, j’en tire même une grande fierté.
― Oui... Le Conditionnement de Mitica est revenu et il a dû tenter de s’opposer à Octavian et à sa disciple, même s’il ne s’agit pour le moment que de pures conjectures de ma part. Ce dernier l’a alors tué et a bu son sang jusqu’à la dernière goutte.
― Vous en êtes certain ?
― Irina termine les analyses sur la dépouille. Il y avait deux trous visibles sur la gorge ainsi que des traces de salive. Il sera facile de comparer l’ADN qui y est contenu avec celui de vos banques de données.
― C’est très fâcheux.
Klaus se tut. Curieusement, cela n’avait rien de rassurant de le voir sombrer ainsi dans le mutisme.
― Abraham, vous devez savoir qu’il existe certains tabous dans mon peuple. Le plus important d’entre eux nous interdit de nous nourrir de l’un des nôtres.
― Qu’arrive-t-il si quelqu’un brise cette règle ?
― Cela s’est déjà produit dans le passé, et les conséquences furent terribles. Notre sang est un puissant mutagène. Il transforme un humain et le rend semblable à nous, mais si c’est nous qui en consommons la métamorphose est plus totale encore.
― J’ignorais cela.
― Rares sont ceux qui survivent au processus. Mais dans le cas contraire, le sujet perd le peu d’humanité qui lui reste pour se transformer en une espèce de demi-dieu. Le nosferatu devient alors en ce que nous appelons un terginitus. Il faut espérer qu’Octavian soit mort. Je vais ordonner que son corps soit recherché.
À mon tour, je suis demeuré silencieux. Quelque chose clochait, un élément qui ne collait pas avec l’ensemble.
― Et s’il y avait un complice, et non des moindres : Vlad !
― C’est impossible. Il est programmé pour servir les êtres humains que nous véhiculons, pas pour les assassiner.
― Les raisons d’agir d’une IA peuvent être complexes. Je sais que Vlad m’a empêché de pénétrer dans la cellule où se trouvait sa cachette, et il a probablement averti Octavian de notre arrivée quand nous avons tenté de rejoindre son atelier au niveau inférieur. Il avait accès aux fichiers ADN de l’équipage avant même que le personnel monte à bord. Il aura ainsi identifié le candidat idéal pour obtenir un terginitus. Dès lors, il a tout mis en œuvre pour l’aider : cacher un lave-cervelle dans ses quartiers, lui expliquer comment l’utiliser...
― Si Octavian a survécu à sa métamorphose, nous allons avoir de sérieux problèmes. L’une des facultés de cette créature est de commander aux nosferatus. Nous ne pouvons pas faire autrement que de lui obéir, cela ressemble à l’hypnose que nous pouvions jadis opérer sur les humains. S’il venait à employer ce don dans le vaisseau, il se constituerait une armée en un rien de temps.
Une sonnerie stridente retentit dans la crypte tandis qu’un cadre rouge vif clignotant apparaissait dans la réalité virtuelle de l’endroit. Une foule d’informations y défilait.
― Je crois qu’il a déjà commencé à agir, dit Klaus. Le pont supérieur ne répond plus et plusieurs membres d’équipage manquent à l’appel. Il est en train de recruter.
― Nous sommes toujours en orbite autour de Delta Draconis ?
― Oui, pourquoi ?
― Alors, utilisez les derniers hommes qu’il vous reste pour prendre le contrôle des portes et des sas à ce niveau, quitte à endommager le bâtiment. Maintenez le lien avec moi par le circuit de vidéo. Mon corps synthétique embarque suffisamment d’électronique pour que nous soyons en contact permanent.
― Et ensuite ?
― Laissez-moi faire et guettez mon signal. Le moment est venu de détruire un nouveau monstre.

Je fournis quelques instructions à Ivan avant de partir seul dans les coursives de service, empruntant les escaliers voire même les échelles pour éviter les ascenseurs et les monte-charge. Si l’ordinateur de bord du navire jouait contre moi, je ne souhaitais pas me mettre à sa merci en employant des dispositifs qu’il pouvait contrôler en totalité. De plus, ces couloirs réservés à la maintenance n’étaient généralement pas bloqués par des barrières qui pourraient être fermées à distance.
Il me fallut presque deux heures pour atteindre le pont supérieur et j’y découvris un spectacle étonnant. Une centaine d’immortels se tenaient là, debout, les bras tombant le long du corps. Immobiles, ils regardaient fixement la créature qui occupait la passerelle. Le terginitus était réellement horrible à voir. Il me parut immense, une taille que j’estimais dans les deux mètres cinquante. Son dos était atrocement déformé par les ailes qui perçaient ses omoplates, évoquant un gigantesque chiroptère. Son crâne était chauve et curieusement bosselé, comme un sac de pommes de terre. Le visage avait été particulièrement mutilé par la métamorphose. La gueule laissait apparaître des crocs proéminents d’un jaune sale et le nez était à présent un monstrueux groin qui humait l’air avec avidité. Il éructait un discours incompréhensible, fait de borborygmes et de grognements affreux à entendre. Son auditoire buvait ses paroles comme celles d’un prédicateur en plein sermon. D’autres immortels pénétraient sur le pont par les différentes issues, grossissant le groupe déjà nombreux. Il fallait que j’agisse rapidement avant que la totalité de l’équipage ne soit passée sous la coupe de ce monstre. Je m’approchai du terginitus en me servant des superstructures des murs et du plafond. Arrivée à une vingtaine de mètres, Octavian finit par me repérer. Je m’emparai d’une perche gisant sur le sol pour la lancer sur lui à la manière d’une lance. Il la reçut en dessous de l’épaule gauche, à l’emplacement du cœur. Il se retrouva punaisé comme un papillon de cauchemar. Cela ne suffit toutefois pas à le tuer. Il arracha mon arme improvisée de sa main droite, avant de se tourner vers moi, dardant des yeux rouges sang dans vers moi. La foule de ses adorateurs parut reprendre un semblant de conscience d’elle-même, et les immortels se regardèrent les uns les autres sans comprendre. Octavian ne s’attarda pas sur eux, il se dirigea vers moi, bien décidé à en finir avec cet intrus qui venait gâcher son triomphe. La fureur l’aveuglait, il me suivit là où je voulais, dans les zones de maintenance. Nous atteignîmes un hangar sans issue, tout près de la coque intérieure du vaisseau. Le monstre franchit le seuil avec assurance, certain de bientôt anéantir sa proie. Je fis alors une chose à laquelle il ne s’attendait pas : je me jetai sur lui en enserrant ses bras contre ses hanches, l’immobilisant temporairement. Il rugit comme une bête, tentant de se libérer de mon entrave. Je savais que je n’étais pas de taille à lutter contre lui, mais mon corps biomécanique me permettrait de tenir le coup assez longtemps.
― Maintenant Klaus, allez-y ! hurlai-je de toutes mes forces.
Le capitaine du Vlad Tepes entendit mon appel. Ivan avait disposé des mines télécommandées à cet endroit, elles explosèrent toutes ensemble, déchirant la paroi et la coque qui était derrière, nous exposant au vide du cosmos. Les systèmes de sécurité s’enclenchèrent, scellant tous les accès tandis que j’étais aspiré dehors, enlaçant toujours le terginitus. Je n’avais pas besoin de respirer, mais la détonation avait considérablement endommagé mon enveloppe physique. Octavian avait survécu lui aussi, contrairement à mes calculs. Cette fois-ci, j’étais perdu. C’est alors que la lumière de Delta Draconis apparut derrière les moteurs du navire. Attirés par la masse du bâtiment, nous avions commencé à orbiter autour de lui, nous mettant à portée des rayonnements de l’étoile. C’était un peu comme contempler un lever de soleil, un spectacle étrangement calme et déroutant. La lueur frappa Octavian de plein fouet, et toute son anatomie se crispa. Mes banques mémorielles regorgeaient de documents vidéo sur les expériences que les scientifiques avaient menées sur les immortels, prouvant leur extrême vulnérabilité à certaines fréquences lumineuses. Je pus voir les mêmes effets sous mes yeux. L’immonde créature que j’enserrais se consuma et noircit, comme plongée dans un bûcher invisible. En quelques minutes, il ne resta plus de lui que des cendres. Mes systèmes vitaux cessèrent de fonctionner peu après. Mon incarnation matérielle n’était pas adaptée au vide de l’espace. J’étais mort.

Je repris conscience dans le jardin. Irina et Ivan étaient à mes côtés. Ils furent étonnamment bavards, comme s’ils retrouvaient un vieil ami, et ils me relatèrent les derniers mois. Il avait fallu du temps et des ressources pour que l’usine du navire me fabrique un nouveau corps et restaure l’intégralité de mes souvenirs. Cela avait été très coûteux, mais Klaus avait insisté. Les membres d’équipage passés sous la coupe d’Octavian avaient sombré dans l’inconscience. Ils étaient demeurés dans cet état plusieurs semaines. À leur réveil, ils étaient de nouveau sous l’emprise du Conditionnement et étaient retournés travailler sans presque dire un mot. Klaus m’attendait et je le rejoignis une troisième fois dans le poste du pilotage du vaisseau. Il m’accueillit avec un bref sourire qui dévoila ces crocs menaçants. Je me sentis mal à l’aise quelques instants avant de réaliser qu’il essayait simplement être aimable avec moi. Il n’était juste pas fait pour cela, voilà tout.
Il me révéla qu’un message de la Terre était arrivé par ultra-ondes quelques jours après la destruction d’Octavian. Ceux qui avaient asservi les immortels avaient choisi le technicien pour son patrimoine génétique et sa faculté à muter en terginitus, cachant le lave-cervelle dans sa cabine, comme je l’avais supposé. Quand Octavian le découvrit avec l’aide de Vlad, celui-ci appliqua les consignes secrètes qui lui avaient été confiées. Il fit du matelot le monstre sanguinaire qu’il devait être, l’incitant à se nourrir des humains cryogénisés puis de son plus proche collègue. Klaus m’expliqua que Vlad lui avait demandé son assistance pour faire un rapport précis à ses maîtres terriens. Ensuite, il était retourné entièrement sous la coupe du capitaine, lui obéissant en tout point dans la gestion du vaisseau.
― C’était un test, une expérience, me dit-il. Ils ont créé une menace à même de refaire de nous des monstres, juste pour voir si nous massacrerions nos passagers ou bien si nous trouverions un moyen de les défendre. Ils n’ont pas hésité à risquer la vie de plusieurs centaines de milliers des leurs pour vérifier la fidélité de leurs esclaves immortels.
― Un examen que vous avez réussi haut la main. Imaginer les conséquences en cas d’échec. Auraient-ils laissé un vaisseau-colonie aux mains de Nosferatus affamés, guidés par une créature aussi puissante que ce terginitus ? Je suis certain que Vlad aurait enclenché ses systèmes d’autodestruction, éliminant le problème. Une question demeure cependant. Pourquoi m’avoir ressuscité à nouveau ? Après tout, je suis la parfaite reproduction d’Abraham Van Helsing, le tueur de vampires, à supposer qu’il ait jamais existé.
Je regardai quelques instants le tapis d’étoiles exposé par la réalité virtuelle de la crypte. À cette vitesse, elles formaient de fascinantes traînées lumineuses, comme dans un antique film de science-fiction.
― Abraham, Saviez-vous que tous les chiens descendent du loup ? Ils les ont dressés, mâtés, abâtardis pour en faire des animaux fidèles et destinés à les servir, que dis-je, à les vénérer. Ils ont fait la même chose à notre race.
― Cela n’explique pas ma présence ni ma résurrection.
― Vous êtes un chasseur vous aussi, tout comme je l’ai été. Nous sommes si différents de tous ces êtres serviles qui nous entourent. J’ai simplement besoin de la compagnie d’un autre prédateur.
― Vous me demandez d'être votre ami ? C'est un rien incongru, mais rien n'est normal autour de nous. Et puis qui sait quelles épreuves nous attendent dans l'avenir ?
Il ne répondit pas.

Je plongeai mon regard dans l’infinité de l’espace, loin devant nous. Là-bas, une nouvelle Terre nous attendait. 

jeudi 3 décembre 2015

Les insoumis de Whim de Frank Cassilis

LES INSOUMIS DE WHIM
par Franck Cassilis

An 332 de l'Union Galactique (U.G.)...

Système de Bantrill : un des innombrables systèmes de l'Union Galactique. Conquis par les colons pangéens au milieu du deuxième siècle de l'U.G., il possède six planètes tournant autour de l'étoile de Bantrill. La deuxième planète, nommée à l'origine Urvaé, abritait deux races Non-Humaines depuis toujours ennemies, les whimiens et les ojokiens.
Vers l'An 5 de l'U.G., les ojokiens ont chassé les whimiens de la planète Urvaé. Ils ont été contraints de fuir dans l'espace avant d'échouer sur la ceinture d'astéroïdes. Les ojokiens ont renommé Urvaé, Ojok, une fois que tous les whimiens l'eurent désertée.
Après la conquête pangéenne et l'intégration à l'Union Galactique, le conflit ancestral entre whimiens et ojokiens a connu une longue trêve. Mais depuis le déclenchement de la guerre civile entre Adar Jool et Sid Hogn, les deux plus puissants sénateurs de la Diète Insterstellaire, le conflit est en passe de reprendre, Ojok cherchant à annexer la Ceinture de Whim...
(Extrait du Manuel de Civilisation Stellaire, huitième édition révisée – ouvrage collectif rédigé en pangéen commun sous la direction de Tram Gollah, Professeur émérite des Universités du Pangé Unifié).

Sur Jibbsoh, l'astéroïde majeur de la Ceinture de Whim, un groupe se déplaçait prudemment. Ils étaient quatre dans des spatiandres particulièrement vétustes. Ces humanoïdes à la peau argentée, tous chauves et imberbes, étaient des whimiens. Le groupe se composait de trois hommes et d'une femme. Derrière leur casque à la visière usée, leurs traits étaient tendus à l'extrême.
Enfin ils touchèrent au but. Celui qu'ils attendaient allait se poser sur un plateau rocheux, le seul de ces alentours escarpés. Quand ils virent le vaisseau avancer vers le plateau, ils ne purent contenir leur déception. Il s'agissait d'un misérable glisseur.
- Asati, c'est une blague, rassure-moi, fit un des trois grands gaillards à la jeune femme.
Il s'était adressé à Asati grâce au système radio vétuste de leur spatiandre. D'ailleurs celui-ci ne fonctionnait qu'à un faible volume et en grésillant, comme s'il allait bientôt lâcher.
- Il ne faut pas se fier aux apparences Vandong, répondit-elle. Notre Vénérable Bonze m'a certifié que cet humain était l'homme de la situation.
Ses trois acolytes ne rétorquèrent rien. Ils pensaient que cette mission ordonnée par le Grand Bonze de Dwahran était une erreur. Leur peuple pouvait résister sans aide extérieure. Mais ils étaient obligés d'accepter l'autorité suprême des Bonzes et donc d'accompagner la plénipotentiaire Asati pour cette transaction, même s'ils avaient souhaité qu'il en soit autrement.
Asati se mit en route vers le plateau tandis que le glisseur se posait. Ses trois acolytes lui emboitèrent malgré tout le pas.

Serro Warfin sortit de son glisseur. C'était un humain de trente cinq ans imberbe et châtain, sec de carrure. Il exerçait le métier de contrebandier stellaire depuis dix ans standards déjà. Des tas de rumeurs courraient sur lui, forgeant sa légende, notamment à propos de son astronef trafiqué illégalement pouvant entrer en hyperespace comme le plus sophistiqué des vaisseaux militaires de l'Union. La plupart de ces rumeurs prétendaient qu'il l'avait acquis en s'aventurant au-delà de la galaxie dans le mythique territoire des Xoogs, créatures impitoyables qui menaçaient depuis un siècle l'œkoumène stellaire.
C'était pour cela que Vandong avait été déçu quand il avait vu ce ridicule glisseur se poser sur Jibbsoh. Le whimien était à présent persuadé que la réputation de l'humain reposait sur un mensonge.
Enfin apparurent les clients avec qui Serro avait rendez-vous. Il fut abasourdi quand il vit leur spatiandre. Si le sien datait un peu, à côté du leur il paraissait à la pointe de la technologie. Comment pouvaient-ils se déplacer dans l'espace avec une combinaison pareille ?, se demanda le contrebandier avant de brancher son trad'universel.
- Bonjour messieurs... et dame, fit Serro en apercevant Asati au milieu des mâles whimiens.
- Nous sommes heureux de vous rencontrer, Serro Warfin, répondit Asati depuis la radio défaillante de son spatiandre. Vous êtes notre dernier espoir.
Sa voix était mélodieuse et étrange. C'était la première fois que Serro entendait du whimien, une langue ancestrale datant de bien avant les Temps Galactiques. Dans le même temps, la voix mécanique de son trad'univ retranscrivait en pangéen commun le discours. Les whimiens possédaient eux aussi un trad'univ' incorporé dans leur combinaison spatiale.
- Vous n'avez pas le chargement, dit alors Vandong. Il ne peut se trouver dans ce misérable coucou. Vous êtes un imposteur !
Serro arbora un sourire ironique, agaçant son contradicteur.
- Veuillez me suivre jusqu'à mon misérable coucou, dit-il. Vous verrez bien qui est l'imposteur.
Les quatre whimiens attendaient anxieusement autour de Serro. Le contrebandier fit coulisser une sorte de long et plat tiroir du coffre de son engin. Il en extirpa précautionneusement une imposante plaque d'anthracite qu'il posa entre lui et les whimiens intrigués. Puis Serro appuya sur un bouton tactile invisible situé à une des extrémités de la plaque d'anthracite. La plaque s'ouvrit révélant un improbable contenu. Quatre rangées de pièces détachables parfaitement alignées. Serro prit une pièce dans chaque rangée qu'il emboita sans difficulté. À la fin, il avait en main un désintégrateur standard avec sa batterie rechargeable à l'infini.
- Vous en avez une quarantaine comme ça, dit Serro tout sourire. Il y a un deuxième niveau sous la valise. Mais avant, le paiement.
- Attends l'humain, fit Vandong. Qui nous dit que ta camelote marche ?
Serro le fixa avec un air indéfinissable. Puis il visa un gros rocher derrière eux. Un laser jaune partit qui pulvérisa la pierre.
- Mais je peux les reprendre aussi et on en reste là, conclut le contrebandier en faisant mine de tout remballer.
- C'est bon contrebandier Warfin, dit alors Asati. On les prend. Peu importe le prix. N'est-ce pas Vandong ?
Mais ça ne semblait pas aussi simple. Les whimiens discutaient vivement entre eux, tenant un Serro agacé à l'écart. Ils ne voulaient pas payer, sous prétexte que la livraison ne respectait pas l'intégralité du contrat. Il avait été prévu qu'au moins le double soit livré d'après Vandong. Quel culot de leur part ! se disait Serro. C'était miraculeux déjà d'avoir pu acheminer tous ces désintégrateurs.
Actuellement la Ceinture de Whim subissait un blocus de la part des ojokiens, Non-Humains à puissante carrure et à la tête évoquant des tapirs carnivores. Ce peuple du système stellaire de Bantrill, rattaché de force à l'Union Galactique en 186 du calendrier standard, tentait de retrouver un peu de sa superbe en conquérant la Ceinture de Whim, située à quelques encablures cosmiques seulement de leur planète. La guerre civile régnant dans la galaxie favorisait leur projet de conquête de ce système.
Il y avait trois siècles standards, les whimiens avaient été obligés d'abandonner leur planète d'origine, sous la pression terrible des conquérants ojokiens.
Les whimiens avaient fui, tout du moins les survivants de l'atroce guerre entre les deux peuples, à bord d'un vaisseau spatial qui s'échoua au bout de deux ans d'errance cosmique sur la ceinture d'astéroïdes. Dans ce système, le vol spatial n'en était qu'à ses prémisses et il était maîtrisé seulement par les whimiens. Mais leur culture d'alors leur interdisait de développer une technologie militaire conséquente.
C'était un peuple à part, ayant créé une civilisation pacifique dans le continent nord de la planète, où les savants-philosophes dénommés bonzes étaient hautement vénérés. Ils avaient déplacés leur brillante civilisation sur la ceinture d'astéroïde du système, malgré les difficultés matérielles – comme en témoignaient la vétusté de leurs spatiandres – hors de portée de leurs ennemis héréditaires.
Or depuis une dizaine d'années, les ojokiens les menaçaient à nouveau. Ayant enfin pu maîtriser le vol spatial, et profitant de la désorganisation de l'Union Galactique suite à la guerre civile qui faisait rage dans tous les systèmes stellaires, les ojokiens voulaient envahir la Ceinture de Whim.
Ils avaient perdu les premiers combats contre ces whimiens plus belliqueux que leurs ancêtres chassés de leur planète d'origine. Mais les ojokiens avaient organisé un blocus de la ceinture d'astéroïdes que seuls de rares contrebandiers comme Warfin parvenaient à déjouer.
Soudain un point lumineux à l'horizon de Jibbsoh alerta Serro. Il s'immisça dans la discussion des whimiens.
- Bande d'imbéciles !, leur lança-t-il. Vous avez trop tardé. Les ojokiens débarquent !
- Ce n'est pas grave, fit Vandong en lui adressant un regard méprisant. Nous avons les désintégrateurs. Vu le nombre restreint que vous nous avez livré, et le risque encouru pour si peu, nous les prenons sans payer. Nous nous séparons là, monsieur Warfin. Montez vite dans votre coucou pour avoir une chance d'échapper aux ojokiens. Et Adieu.
- Vandong !, s'indigna Asati. Tu fais honte aux whimiens ! Que dirait notre Vénérable Bonze s'il te voyait faire ?
- C'est la guerre Asati, lui répondit froidement son compatriote. L'enseignement du Grand Bonze a ses limites. On ne peut plus se permettre d'être tendres à présent.
Serro ne dit rien, mais fixa un moment le Vandong. Très bien, s'il voulait jouer à ça... Les whimiens, après avoir pris l'imposante plaque anthracite contenant les armes lasers, s'en retournèrent vivement au milieu des vallons escarpés et sombres de l'astéroïde. Seule Asati restait indécise. Serro la prit alors par le bras :
- Venez avec moi dans mon appareil, lui intima-t-il. Vos amis ne savent pas qu'ils sont condamnés. Croyez-moi, Asati, vous faites le bon choix en me suivant et en me soutenant.
La whimienne se mordait les lèvres d'indécision. Puis elle choisit d'un coup. Elle monta à l'arrière du glisseur du contrebandier. Celui-ci décolla au moment où le vaisseau ojokien apparaissait au-dessus du plateau.
L'astronef typique d'Ojok gardait cette apparence archaïque, tourmentée et barbare des nefs planétaires des temps pré-galactiques. Mais le vaisseau stellaire restait doté de bonnes performances. Il pouvait naviguer aisément dans le système interne de Bantrill, dont la Ceinture d'Astéroïdes de Whim marquait la limite.
Bref, c'était un vaisseau suffisamment redoutable. Mais Serro était un as du pilotage, comme le vérifia Asati. Le contrebandier fit louvoyer son appareil entre les crevasses profondes de Jibbsoh. Il était une cible moins facile pour l'astronef ojokien qui le pourchassait à coups de lasers. Serro gardait son sang-froid. Il avait repéré la fameuse galerie souterraine – le Grand Boyau comme l'appelaient les whimiens – qui lui permettrait d'échapper à leurs poursuivants.
Ce Grand Boyau avait été construit à l'origine par les pionniers arrivés sur l'astéroïde. Ils avaient vécu dans cette grande galerie avant de construire leur vaste cité souterraine faisant perdurer leur civilisation après le cataclysme de la Grande Fuite.
La whimienne n'en revenait pas. Comment avait-il connaissance d'un endroit aussi secret ? Même les ojokiens ignoraient son existence. Asati voulut questionner Serro à ce sujet. Il ne lui répondit pas, concentré dans son pilotage entre les pics abrupts. Il avait ôté son casque. Il ne pouvait pas avoir accès à son trad'univ' et ne comprenait rien à ce qu'elle disait.
Serro entama la manœuvre pour entrer dans le Boyau. Le vaisseau ojokien le suivait de près... Les premiers mètres, le Boyau était suffisamment large pour laisser passer le gros vaisseau ojokien. Puis la galerie souterraine se rétrécissait soudainement. Le glisseur passa aisément, mais l'astronef ojokien heurta violemment les parois resserrées. Cette partie de la galerie ne s'écroula pas mais prit feu instantanément. Le glisseur continua à foncer. Le Boyau devenait tortueux à présent. Au détour d'un énième virage, Serro posa son glisseur sur le sol de poussière, laissa les phares du petit vaisseau allumé et se tourna vers Asati en remettant le casque de son spatiandre.
Ils étaient sauvés, à l'abri de l'incendie sous la galerie, mais Serro n'en avait pas fini avec les whimiens.
- Je sais que vos compatriotes vont passer par là pour retourner dans leur cité souterraine, dit-il à Asati par le biais du trad'univ'.
- Vous êtes bien renseignés? Que cherchez-vous, Serro ?
- À me faire payer la livraison !
- Vous n'avez aucune chance de récupérer votre dû, malheureusement. Vandong et ses affidés ne vous feront pas de cadeau s'ils vous croisent. La situation est tellement désespérée ici depuis que les ojokiens ont repris leurs projets de conquête... Tout ça à cause de cette guerre civile... Les ojokiens ont choisi le parti d'Adar Jool et notre peuple celui du Patricien Sid Hogn. Pour notre malheur, les pro-Jool sont en train de gagner de nombreuses batailles stellaires. Les ojokiens en profitent pour essayer de se rendre maître de tout ce système. Nous ne faisons que nous défendre. Nous ne voulons pas vivre une autre Grande Fuite...
Asati s'était soudainement tue. Au travers de la vitre du glisseur de Serro, elle avait vu déboucher dans la galerie ses trois comparses. Sans dire un mot, le contrebandier sortit de son glisseur à leur rencontre. Asati lui emboita le pas avec inquiétude.
- Que signifie ceci !, éructa Vandong malgré son émetteur défectueux. Comment connaissez-vous ces galeries ?
- Allons Vandong. Je ne vous révèlerais pas mes secrets. Mais sachez que je ne vous lâcherais pas. Je sais où vous allez. À l'entrée de votre cité souterraine de Dwahran, juste après le Grand Boyau. Mais êtes-vous sûr aujourd'hui de pouvoir y arriver ?
- Que racontes-tu, l'humain ?, grogna Vandong.
- Il y a un autre vaisseau ojokien qui vous attend à la sortie. C'est dommage, il ne vous restait ensuite que quelques centaines de mètres à parcourir à découvert avant d'atteindre votre cité souterraine que les ojokiens cherchent en vain...
- Quoi ! Tu nous as trahi !, rugit Vandong.
- Non, mais j'ai... comment dire... des moyens qui me permettent de savoir qu'une embuscade à la sortie du Grand Boyau se prépare.
- Nous sommes perdus, dit un des acolytes de Vandong.
- Pas tout à fait, reprit Serro. Il reste une dernière solution. Mais je ne l'utiliserais que si je suis payé.
- Quelle infamie..., cracha Vandong étouffé par la colère.
- Vandong !, dit alors Asati. Paye-le, bon sang ! Grâce à lui, nous avons des armes puissantes pour lutter face aux ojokiens.
Quelques minutes plus tard, un des acolytes de Vandong rangeait la mallette de transaction néo-numérique. Serro remettait avec satisfaction sa disquette de crédit bancaire dans une de ses poches intérieures. Il avait été payé.
- Bien, dit-il triomphalement. Veuillez à présent prendre place dans le glisseur.

Ils aperçurent enfin la sortie du Grand Boyau. Ils se dissimulèrent près de celle-ci. Ils ne virent d'abord rien, à part le cosmos au-dessus d'eux. Soudain apparut un drone de surveillance balayant les alentours. Puis il disparut rapidement derrière une barrière de rochers.
- L'humain a raison, chuchota vivement Vandong. On nous attend en embuscade. Si on était sorti du Grand Boyau, on aurait été trucidé dans l'instant.
Mais Serro ne l'écoutait pas. Il s'était penché sur sa montre-bracelet. Il dit :
- Antor, à toi de jouer cette fois.
- Ah ! On a besoin de mon aide aujourd'hui ?, retentit depuis la montre-bracelet une voix monotone robotique où se mêlait un improbable ton ironique.
Peu après, surgit de l'espace un astronef blanc à l'apparence élégante et redoutable. Au même moment, sur la gauche, des tirs lasers visèrent le Antor 1700 de Serro. Mais son bouclier d'auto-défense résista aux assauts ennemis. Il contre-attaqua. Des lasers-bombes, sortes de grosses boules rougeâtres, sortirent de l'avant du vaisseau et s'abattirent sur l'astronef ojokien en embuscade. Une explosion silencieuse s'éleva dans l'espace, tandis que le Antor 1700 se posait à l'entrée de la galerie.
- Vous nous aviez caché à dessein votre véritable vaisseau, dit médusée Asati. Pourquoi ?
- L'effet de surprise, répondit le contrebandier. Il faut toujours avoir un coup d'avance dans mon métier.
Ils se dirigèrent ensuite à l'entrée de leur cité souterraine de Dwahran qu'on ne distinguait pas depuis la surface rocheuse de Jibbsoh. Sur leur gauche, l'astronef ojokien avait été entièrement pulvérisé. Il n'y avait aucun survivant. Serro gara son glisseur dans son astronef après que tous en furent sortis. Puis il se mit au bas de la rampe d'accès grande ouverte de son vaisseau. Les trois whimiens n'accordèrent pas le moindre regard au contrebandier. Ils se postèrent devant un rocher et attendirent que le sas d'entrée de la cité souterraine apparaisse après avoir pianoté un code secret sur un clavier dissimulé dans la roche.
Seule Asati resta à parler avec le contrebandier.
- Je dois vous remercier Serro. Vous nous avez sauvés la mise, malgré l'attitude inélégante de mes comparses.
- Ça pour être inélégants, ils l'ont été. Cependant, j'ai l'habitude de clients réticents dans mon métier. Surtout ces derniers temps...
- Oui. La tension est rude dans tous les systèmes de l'Union. Dix ans de guerre civile entre les sénateurs Sid Hogn et Adar Jool ont tout déstabilisé, même ici.
- Je n'ai que faire de tout ce cirque, Asati... En tout cas, bonne chance dans votre lutte contre les ojokiens.
- Faites attention, Serro. La guerre civile risque un jour de se rappeler à vous. Même nous, avons été obligé de faire un choix.
Le contrebandier lui sourit puis pénétra dans son vaisseau. Il retira avec joie son spatiandre. Serro fut accueilli par l'Intelligence Artificielle de l'astronef antorien de modèle Antor 1700. Il était illégal qu'un simple citoyen comme lui possède un vaisseau aussi sophistiqué pouvant voyager en hyperespace. Mais grâce à cette technologie de pointe, il échappait à toutes les polices de l'Union.
Personne ne savait comment il avait acquis l'astronef fabriqué par une race de Non-Humains parmi les plus brillantes, aujourd'hui quasiment disparue, les antoriens. Serro se refusait à le révéler à quiconque. Tout juste avait-on vu apparaître une furtive grimace de souffrance sur son visage devenu totalement fermé les rares fois où la question lui avait été posée.
Le contrebandier se positionna dans le cockpit et enclencha la manœuvre de décollage.
- Bien joué tout à l'heure, Antor. Tu leur as mis une sacrée raclée.
- Je n'ai pas de mérite Serro, retentit la voix robotique de l'I.A. Tu t'es, d'une part, bien renseigné sur l'histoire de Whim, notamment à propos de l'existence du Grand Boyau. D'autre part, leur technologie stellaire n'est pas très développée par rapport aux autres mondes que l'on a l'habitude de côtoyer. Leur blocus spatial est d'ailleurs facile à franchir. D'autant plus que c'est toi qui m'a demandé de communiquer, soi-disant par inadvertance, l'endroit où les whimiens déboucheraient, révélant aux ojokiens l'emplacement de Dwahran. Quel fourbe tu fais !
- Allons !, sourit Serro. N'exagère pas. Le plan s'est parfaitement déroulé. J'ai été payé. De plus, je t'ai demandé, quand j'étais dans le glisseur avec Asati, de brouiller les ondes radio pour ne pas qu'ils renseignent leurs congénères sur l'endroit où se trouve Dwahran. Et comme tu as dégommé l'appareil ojokien, le secret n'a pas été éventé. Mais le restera-t-il ? Vue la facilité avec laquelle on a découvert son emplacement, d'autres le trouveront. Pareil pour le Grand Boyau... Allez, on décolle ! Tu me sortiras mes cigares et mon whisky, une fois en hyperespace...
- Oui. Comme d'habitude.

- Heureusement que le Grand Bonze nous a dit qu'on pouvait faire confiance à ce satané humain, lâcha Vandong une fois qu'Asati les eut rejoints.
- Grâce à lui, on a quand même des désintégrateurs pour mener une guérilla efficace dans la Ceinture d'astéroïdes, lui répondit Asati. Même si les ojokiens semblent savoir où se situe l'entrée de Dwahran, nous pourrons créer une unité d'élite chargée de les combattre désintégrateurs au point. Ils ont trouvé à qui parler maintenant !
Vandong dut reconnaître qu'Asati disait vrai. Puis une fente se fit dans la roche de l'astéroïde. Un ascenseur mécanique un peu daté se mit à la hauteur des whimiens. Ils s'y engouffrèrent. Dans le même temps, l'astronef du contrebandier décollait de Jibbsoh.
- Je me demande si ce Serro Warfin réussira à rester à l'écart du grand conflit interstellaire, fit Asati tandis que les pans de l'ascenseur souterrain se refermaient.
Peu après, le Antor 1700 de Serro Warfin pénétrait dans l'hyperespace, illuminant pendant une fraction de seconde l'immensité du cosmos.


FIN